Mécanismes évolutifs de la dominance chez les mammifères sociaux, application à la marmotte alpine
Il existe de nombreux types d’organisations sociales dans le monde animal, allant des espèces solitaires aux espèces ayant une structure sociale complexe hiérarchique au sein de laquelle les individus coopèrent. Selon la théorie de l’évolution, seuls les comportements maximisant la valeur sélective individuelle (capacité à survivre et à se reproduire) sont sélectionnés. Les comportements coopératifs représentent donc, a priori, un paradoxe car ils devraient diminuer la valeur sélective des individus qui coopèrent et de ce fait, être contre sélectionnés. Les espèces à reproduction coopérative sont particulièrement intrigantes de se point de vue là. La reproduction est monopolisée par quelques individus et ceux qui ne se reproduisent pas coopèrent pour l’élevage de jeunes qui ne sont pas les leurs. L’explication de l’évolution de tels comportements réside dans le fait que les individus qui coopèrent y gagnent un bénéfice en terme de valeur sélective, direct ou indirect, en aidant des individus génétiquement apparentés. Néanmoins, il reste un « conflit évolutif » entre les individus du groupe, du fait que chaque individu cherchera à maximiser sa valeur sélective. Ainsi, il a été proposé que l’évolution des sociétés découle de l’évolution de ces stratégies individuelles5. Cependant, les mécanismes évolutifs sous-jacents restent méconnus et de nombreuses questions restent en suspens : quels sont les coûts et bénéfices de la coopération, en terme de valeur sélective, pour les reproducteurs et les coopérants ? Comment les stratégies individuelles influencent la composition et la taille des groupes sociaux ? Les individus coopèrent t-ils sous la contrainte ? Comment la stabilité est-elle maintenue au sein des groupes ? Même si de nombreux modèles théoriques ont été développés, les études en populations naturelles restent rares.
Dans ce contexte là, mon travail de thèse consiste à étudier les mécanismes évolutifs de l’acquisition et de la maintenance de la dominance chez les espèces à reproduction coopérative. La marmotte alpine (Marmota marmota) est un modèle idéal pour aborder ces thématiques. C’est un mammifère hautement social à reproduction coopérative, vivant en famille où seul le couple dominant se reproduit. Les subordonnés participent à l’élevage des jeunes6, mais leurs fonctions de reproduction sont inhibées par les dominants. En utilisant un suivi à long terme (20 ans) d’une population naturelle de marmotte située dans le Parc National de la Vanoise, j’aborde les questions suivantes :
• Quel rôle joue la composition du groupe sur la valeur sélective des individus ?
• Quels sont les coûts associés aux différents statuts sociaux ?
• Quels sont les caractéristiques individuelles et les facteurs sociaux impliqués dans l’acquisition et le maintien de la dominance ?
Pour répondre à ces questions, j’utilise des approches complémentaires et novatrices, allant de la physiologie (dosages hormonaux) aux modèles démographiques (modèles de capture marquage recapture) qui me permettent une intégration des mécanismes de l’individu à la population.
Mes travaux de recherche permettront d’identifier en population naturelle les coûts et bénéfices de la coopération pour chaque statut social, et d’appréhender le lien entre la structure sociale et la valeur sélective individuelle.
Pour en savoir plus : https://sites.google.com/site/sophielardy/